Michael Delisle: poète avant tout

Certains auteurs sont des piliers silencieux du monde littéraire. Ils y occupent une place de choix depuis plusieurs années, parfois des décennies, sans jamais se trouver à l’avant-scène. Ils ne seront jamais du nombre des écrivains les plus courus ou les mieux payés. Pourtant, ils persistent et signent.

Michael Delisle
Michael Delisle Poète, romancier et nouvelliste

Michael Delisle est un de ceux-là. Né en 1959 à Longueuil, il enseigne la littérature au niveau collégial. Auteur d’une dizaine de recueils, il est à la fois poète, romancier et nouvelliste.Il alterne entre les trois genres et se voit récompensé pour l’un et l’autre. En 1987, il recevait le prix Émile-Nelligan pour son recueil de poésie Fontainebleau et, neuf ans plus tard, le Prix littéraire Adrienne-Choquette pour Le sort de Fille, une plaquette de nouvelles. Lorsque j’ai entamé la lecture de sa dernière publication, un récit,Le Feu de mon père, je le savais lauréat du Grand Prix du livre de Montréal 2014 et en liste pour le Prix des Libraires 2015.

Le feu de mon père
Le feu de mon père

J’avais lu le texte de remise du prix du jury :

« En couronnant le récit de Michael Delisle, le jury a voulu souligner la rare maîtrise d’une écriture narrative qui parvient à tenir ensemble l’ironie et la tendresse, le burlesque et la gravité, dans une trame qui fait cohabiter le récit autobiographique d’une enfance peu commune et une réflexion sur l’écriture et la poésie. »

Beaucoup d’écrivains écrivent sur leurs parents décédés ou ressentent le besoin de rédiger une autobiographie. Le thème du livre Le Feu de mon père n’a rien d’original en soi, mais le traitement que lui réserve Delisle en fait un livre qui va au-delà du récit de vie. L’enfance de Delisle sort de l’ordinaire. Il nous offre un portrait sans concessions du milieu dans lequel il a grandi. Sa relation avec un père au passé criminel, un homme violent, tient lieu de trame de fond. Tour à tour, le fils, l’écrivain en devenir puis le poète en pleine maîtrise de son art se démènent afin d’en soutirer quelque chose de positif. Le lecteur est convié à une épreuve de force, un combat contre un monstre réel et intériorisé.

Ce n’est pas la première fois que Delisle écrit sur les blessures de l’enfance, mais c’est la première fois, qu’il utilise le « je ». Ses propos sont à la fois magnifiques et terribles, comme les images qu’il évoque par ailleurs. « Cet animal m’a donné la vie », écrit-il en apercevant son père sur un lit d’hôpital après un accident. Il décrit une scène traumatique de sa petite enfance, que je vous laisse découvrir, pour y revenir à quelques reprises. Il la commente avec un certain recul et un humour noir comme il le fera avec une série d’incidents de sa vie. Il analyse ces circonstances, peu communes, et explique comment la poésie, la sienne et celle des autres, a contribué à sa résilience.

Le ton du récit est franc, direct et ne sombre jamais dans le témoignage. La réflexion sur l’écriture poétique devient aussi importante que l’anamnèse de l’auteur. « … Contrairement à cette idée qui veut que l’artiste se forme à l’expression, ma condition est davantage liée au silence qui m’a été imposé. C’est de n’avoir pas eu le droit de parler qui a fait de moi un écrivain. » P. 19

Ce livre n’est ni tout à fait un récit ni un essai. Je l’ai lu comme un recueil de poésie, quelques pages à la fois. Je peux difficilement vous en dire davantage.

Les livres de Michael Delisle sont presque tous disponibles à la bibliothèque :

Romans

Tiroir no 24   Dée      le désarroi du matelo      drame privé

Nouvelles

Hélène a un secretsort de fille

 

Poésie

Prière à blanc, 2009.

Long glissement, 1996.

Chose vocale, 1990

Bonne lecture!

 

2 réflexions sur “Michael Delisle: poète avant tout

  1. Merci, Francine, de me faire découvrir cet écrivain dont le nom ne s’est jamais installé dans ma mémoire (pourtant, j’ai dû le voir dans La Presse ou dans la revue Québec Français!). Je vais certainement le lire.

    Je ne sais pas où commencer. Que me suggères-tu?

    1. Salut Michelle. Que dirais-tu d’un recueil de nouvelles ? Je trouve que c’est une bonne façon de découvrir un auteur. même si les romans de Delisle comptent rarement plus de 180 pages. Les nouvelles de Sort de Fille sont très représentatives de son style. Une écriture simple et efficace, un peu d’humour pour traiter de questions existentielles, si je peux dire. Il faut s’attendre à trouver des personnages qui se questionnent et qui se remettent en question. Disons qu’ils ont le mal de vivre, c’est un peu la marque de commerce de Delisle.

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