Poésie du samedi

La bibliothèque fête ses 50 ans, 50 ans d’inspiration! Pour célébrer cet événement, je vous propose d’explorer la poésie québécoise des années soixante à maintenant. Un tour de piste le temps des célébrations, de courts billets, un minimum d’explication pour faire place aux textes poétiques.

La poésie du samedi, pour découvrir des poètes dont la parole résonne moins dans le tintamarre littéraire actuel. Des poètes dont les écrits, souvent de peu de mots, incitent à une lecture lente et posée et que le samedi s’y prête bien.

La poésie du samedi
Les années 60

En1960, la maison Éditions du Seuil rééditait, sous le titre Poèmes, des textes publiés par Anne Hébert à compte d’auteur en 1953. Le titre original en était Le tombeau des rois.

Michael Delisle fait un clin d’œil à ce poème à la page 68 de son dernier livre, Le feu de mon père.

Il y a certainement quelqu’un

Il y a certainement quelqu’un
Qui m’a tuée
Puis s’en est allé
Sur la pointe des pieds
Sans rompre sa danse parfaite.

A oublié de me coucher
M’a laissée debout
Toute liée
Sur le chemin
Le cœur dans son coffret ancien
Les prunelles pareilles
À leur plus pure image d’eau

A oublié d’effacer la beauté du monde
Autour de moi
A oublié de fermer mes yeux avides
Et permis leur passion perdue

(Anne Hébert, Le tombeau des rois, 1953)

4 réflexions sur “Poésie du samedi

  1. Quelle en est votre interprétation?
    Je ne connais rien du contexte de sa création.

    Ma première impression est que le poème exprime ce que c’est d’être morte-vivante (oui, au féminin), c’est à dire prisonnière d’une vie qui nous met en camisole de force, qui nous empêche de respirer, dans laquelle on existe encore, mais sans pouvoir réel de participation, ni de croissance personnelle, ni d’exercer sur la vie une réelle influence…

    Le sort de plusieurs générations de Québécoises avant le dernier tiers du 20e siècle?
    L’étouffement de toutes ces femmes artistes, créatrices, entrepreneures, intellectuelles, scientifiques?

    Qu’est-ce que vous y voyez?

    1. La forme de Poésie du samedi est dépouillée afin de laisser place aux mots des poètes et à la réceptivité du lecteur qui les transforme et leur donne un sens. La poésie, comme les œuvres d’art, déclenche chez certains des émotions fortes et laisse d’autres indifférents. L’interprétation proposée du poème d’Anne Hébert est touchante. Il faut savoir se laisser porter par son ressenti sans trop se questionner sur le contexte de création ou le sens du message de l’auteur. La poésie a la réputation d’être difficile d’accès alors, allons-y simplement.
      Il y a certainement quelqu’un d’Anne Hébert transcende le temps. Je préparais la mise en ligne de ces nouveaux billets début janvier. Dans la foulée des événements de Paris, la phrase « a oublié d’effacer la beauté du monde » a longtemps résonné.

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