LE LIVRE DU DON

Jusqu’à ce qu’il apparaisse dans une chronique du Montreal Gazette, Justin Kingsley m’était inconnu. Et pourtant, on s’essouffle à énumérer les réalisations de ce stratège créatif et auteur-conteur, né à Ottawa, mais omniprésent sur les scènes montréalaise et nord-américaine.

J’ai été immédiatement attirée par son plus récent projet littéraire, Le livre du don, paru en novembre dernier (Kingsley est aussi le biographe de Georges Saint-Pierre). Quoi de plus inspirant, durant la période de l’avant-Noël, qu’un livre qui nous invite à examiner l’espace que nous accordons au don dans notre vie.

De toute évidence, Justin Kingsley est du genre à sortir des sentiers battus. Cherchant à examiner son sujet sous tous les angles, il a consacré plus d’un an de sa vie à interviewer une centaine de personnes. Le livre du don nous en présente vingt-quatre.

Même si chaque chapitre dresse le portrait d’un individu et de sa vision très personnelle du sujet, la personnalité irrépressible de l’auteur est omniprésente. Avec un style direct et sympa, Kingsley conserve néanmoins une certaine distance par rapport à son sujet, laissant la place à ceux qui se sont démarqués par leurs témoignages.

L’auteur explique sa démarche :

« En préparant la liste des sujets qu’il serait intéressant d’aborder dans ce livre, j’avais décidé de ne pas vous parler d’organismes à but non lucratif. Pourtant, cela aurait été facile de réunir une flopée de récits simplement en faisant le tour de la multitude de fondations et d’organismes de bienfaisance aux vocations bien définies. Mais je n’aurais pas su discerner les bons exemples des mauvais. Ce n’est pas que ces œuvres ne méritent pas mon attention ou la vôtre, c’est que j’étais à la recherche de récits inattendus, voire osés, d’exemples dont on ne discute pas nécessairement dans nos salons […] »

Parmi ces derniers, on compte très certainement les souvenirs que Gino a accepté de partager, en trois prises, à propos du don de sa virginité : des révélations explicites et même crues, qui préparent toutefois la voie à la réflexion approfondie et sentie de l’activiste féministe et graffitiste MissMe sur le même sujet.

Dans sa recherche de perspectives fraiches et inspirantes, Justin Kingsley ratisse large. C’est lors d’un dîner-bénéfice pour l’UNICEF qu’il fait la connaissance de Solange Tuyishime, survivante du génocide du Rwanda, qui en quelques années s’est transformée en Miss Canada, en ambassadrice d’UNICEF et en mère de trois enfants. Tout en l’exhortant à la gratitude, elle confie à l’auteur : « Je veux offrir à ce monde tout l’amour auquel il a droit. »

Danielle Poulin, Justin Kingsley et Solange Tuyishime Photo – Radio-Canada : Mathieu Arsenault

Le don est polymorphe. Parfois, il se présente comme une robe de mariée à laquelle on dédie une, deux, moult nouvelles vies. À d’autres moments, c’est un simple café, offert et bu chaleureusement dans la tradition du caffè sospeso, encore bien vivante chez San Gennaro, à Montréal.

Parfois, donner, c’est accueillir à la manière de Pat, l’oncle irlandais de la femme de l’auteur et un survivant de la polio, qui décide de venir en aide à une étrangère aperçue dans la rue (il apprendra plus tard qu’elle est une réfugiée de l’Afrique), chez qui il reconnaît les séquelles de la même terrible maladie qui l’a handicapé.

Il peut s’agir du don de la vie, comme dans le récit de « Daniel, le don d’un cœur », qui évoque l’acte déchirant du don d’un organe. Et parfois, donner demande de faire le sacrifice terrible de lâcher prise, comme il a été le cas pour Sylvie dans « Sylvie, le don ultime », qui a accompagné jusqu’au bout sa meilleure amie Jocelyne dans son suicide assisté.

Justin Kingsley

Ce livre-cadeau de Justin Kingsley nous rappelle qu’il soit mérité ou un présent du ciel ; qu’il parvienne d’une source insoupçonnée ou d’un être cher; que nous le recevions ou que nous l’offrions, le don a la capacité de vaincre l’indifférence, la passivité, et même, je crois, le sentiment de pessimisme, voire de fatalité qui infecte l’air du temps.

Justin Kingsley a voulu nous faire redécouvrir le don comme art et comme façon de vivre et, dans ses mots : « […] semer l’envie de donner ».

Au début de ce nouvel an, pourquoi le don n’inspirerait-il pas un mouvement populaire ? À ce sujet, je vous invite à écouter l’entrevue que l’auteur a donnée à l’émission Médium Large de Radio-Canada, avec Danielle Poulin et Solange Tuyishime.

BONNE ANNÉE 2018 À TOUS !

La vraie bonté ne se borne pas à quelques dons, elle est de tous les moments.
– Étienne Pivert de Senancour

 

 

 

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